{"id":1148,"date":"2026-04-07T19:18:19","date_gmt":"2026-04-07T17:18:19","guid":{"rendered":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/?page_id=1148"},"modified":"2026-04-07T19:18:21","modified_gmt":"2026-04-07T17:18:21","slug":"histoire-d-iwuy","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/histoire-d-iwuy\/","title":{"rendered":"HISTOIRE D IWUY"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong><em>Extrait de&#8221; Chez nous en Cambr\u00e9sis &#8220;<\/em><br>A. DUMOULIN. Laur\u00e9at des Rosati de Flandre,<br>Imprimerie LUSSAUD \u00e0 Fontenay-le-Comte (85), 1970 pp 241 \u00e0 257.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Une promotion roturi\u00e8re : IWUY<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>On a pu soutenir que l&#8217;histoire de la civilisation se traduisait par celle des routes. Et certes les pas de l&#8217;homme, allant de ce qu&#8217;il fut, \u00e0 ce qu&#8217;il devint, ont inscrit \u00e0 travers le sol parcouru ou foul\u00e9, ou m\u00eame quelquefois meurtri ou boulevers\u00e9, toute sa destin\u00e9e.Qui donc est rest\u00e9 insensible \u00e0 leur signification, \u00e0 ce langage qui frappe et l&#8217;esprit et le coeur, pareil \u00e0 celui des drames antiques, parce qu&#8217;il r\u00e9sonne \u00e0 travers les si\u00e8cles. Un des meilleurs exemples est celui d&#8217;Iwuy. L&#8217;\u00e9rudite documentation du chanoine Dehaisnes et de l&#8217;abb\u00e9 Bontemps permet de lire le d\u00e9roulement des actes du pass\u00e9 et m\u00eame le secret avenir de la bourgade.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Iwuy &#8211; qu&#8217;on songe \u00e0 la prononciation cambr\u00e9sienne qui dit &#8221; wuider &#8221; pour vider &#8211; s&#8217;appela Ivoriacum. Ville gauloise du royaume nervien, peupl\u00e9e de ceux-l\u00e0, aux cheveux ch\u00e2tains, aux yeux noisette, de bonne stature, qui bataillaient avec ardeur, \u00e0 la langue prompte et mordante, comme tous les Gaulois qui vivent en nous-m\u00eames aujourd&#8217;hui.Etendue &#8211; comme ses semblables, la ville gauloise occupait les lieux-dits &#8221; Glacy &#8221; et &#8221; Calvigny &#8220;, o\u00f9 la pr\u00e9histoire a laiss\u00e9 des cailloux taill\u00e9s, des s\u00e9pultures de morts assis &#8211; jusqu&#8217;au bois Fanum, c&#8217;est-\u00e0-dire sacr\u00e9. A l&#8217;est, se levait &#8221; la Table des Bergers &#8221; pr\u00e8s de la pierre &#8221; Tournerech &#8220;.Son quartier principal semblait le gardien du vaste oppidum de Strom (Estrun) qui se tenait en face, sur la rive gauche de l&#8217;Escaut intarissable. Un pont gaulois traversait la rivi\u00e8re. Et ses madriers jointifs, avec ses \u00e9normes pieux de sout\u00e8nement devaient \u00eatre retrouv\u00e9s sous deux m\u00e8tres d&#8217;alluvions lors de la construction de l&#8217;\u00e9cluse moderne. On croit ais\u00e9ment que le poste de guet, au sommet de l&#8217;\u00e9minence, \u00e9tait celui-l\u00e0 m\u00eame d&#8217;o\u00f9 jaillissaient ces peupliers g\u00e9ants, plusieurs fois s\u00e9culaires qui surveillent, \u00e0 l&#8217;horizon, d&#8217;autres \u00e9minences, toutes porteuses aujourd&#8217;hui de chapelles ou de clochers, ou d&#8217;arbres v\u00e9n\u00e9rables : \u00e0 Naves, \u00e0 Carni\u00e8res, \u00e0 Saint-Hilaire&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-medium-font-size\"><strong>De quelque 3 500 habitants &#8211; plus important que bien des capitales m\u00e9ridionales -, \u00e0 9 kilom\u00e8tres de Cambrai, il semble, \u00e0 premi\u00e8re vue, avoir pouss\u00e9 au hasard, sinon dans le d\u00e9sordre, du moins dans la contradiction. Des rues se heurtent \u00e0 angle droit, soudain, ou buttent sans issue, contre des pr\u00e9s que gorge l&#8217;Escaut qui le borde. Une autre allonge un pav\u00e9 bossu\u00e9, quasiment inutile: c&#8217;est &#8221; le vieux pav\u00e9 &#8220;, ou bien, encore battu par les pas d&#8217;autrefois montre &#8220;le vieux Chemin&#8221;. Cette rue rappelle un vieux m\u00e9tier, les &#8221; tordoirs de lin &#8221; ; celle-l\u00e0, nouvellement trac\u00e9e, une gloire fran\u00e7aise : Pasteur, ou bien Clemenceau, ou Danton, ou Jaur\u00e8s.Inhabituel est leur trac\u00e9 en Cambr\u00e9sis : il semble le t\u00e9moignage de vitalit\u00e9s successivement imp\u00e9rieuses. Evoquer leurs pouss\u00e9es, c&#8217;est faire l&#8217;histoire du village, et m\u00eame rappeler de grands faits de l&#8217;histoire europ\u00e9enne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Au-del\u00e0 du camp, un chemin s&#8217;en allait surveiller le canton d\u00e9prim\u00e9 des bords de la Sens\u00e9e: Paillencourt, Aubencheul-au-Bac, Arleux, vers le pays des Atr\u00e9bates de Nemetacum (Arras) que prot\u00e9geait aussi une forteresse porteuse du nom d&#8217;Estrun-sur-le-Gy. Sur la rive droite, un autre chemin joignait Ivoriacum \u00e0 Cameracum, la grande \u00e9tape sur l&#8217;Escaut o\u00f9 veillait Scaldobriga (Escaudoeuvres). Mais le plus important, pendant des si\u00e8cles, fut celui qui conduisait \u00e0 la capitale des Nerviens: Bagacum (Bavay). Il donnait sur celui qui venait de Cambrai (qu&#8217;on sache que tous ces noms sont gaulois).Ils n&#8217;ont pas disparu encore : ils vont de village en village, prot\u00e9g\u00e9s souvent par de hauts talus creus\u00e9s dans la plaine, ces talus o\u00f9 se r\u00e9fugient les derni\u00e8res fleurs de la terre. Quelquefois, \u00e0 peine trac\u00e9s, ils s&#8217;effacent dans le limon: ils ne sont plus que &#8221; chemins de terre &#8221; et seulement pour quelques ann\u00e9es.En 52 Av. J.-C., on vit s&#8217;installer l&#8217;arm\u00e9e romaine venue par Camaracum, sur ce vieil oppidum si judicieusement plac\u00e9. Les immenses &#8221; Vaux &#8221; abrit\u00e8rent les l\u00e9gions. Une entr\u00e9e donnait sur l&#8217;\u00e9cluse; et sur une terrasse, le &#8221; Pretoria &#8221; o\u00f9 se dress\u00e8rent les tentes des officiers. A ses pieds, un autel devait accueillir les pr\u00eatres. Au d\u00e9bouch\u00e9 de leur chemin se tient maintenant le calvaire. Au dos de la terrasse, la &#8221; Rue des Juifs &#8220;, ses marchands, ses pr\u00eateurs et ses changeurs. Enfin, non loin, plus tard sera le rond-point &#8221; des Alouettes &#8220;, et le &#8221; Chemin de la Guerre &#8220;. Tout cela est encore inscrit sur le cadastre d&#8217;aujourd&#8217;hui dans la langue des habitants et dans le model\u00e9 de la plaine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Alors furent b\u00e2ties deux voies romaines, des chauss\u00e9es, des &#8221; cauchies &#8220;, dirent les gallo-romains, bien rectilignes, \u00e0 travers monts et vaux.L&#8217;une conduisait les soldats \u00e0 Fanum-Martis (Maing-Famars), la capitale militaire; elle passait devant un nouvel \u00e9tablissement: Villers-en-Cauchies. L&#8217;autre, rejoignait celle, toute rectiligne, de Cameracum \u00e0 Escaupont (Scaldis-Pontus). Pourqoui la nationale n? 29 qui la suivait depuis Cambrai, l&#8217;a-t-elle abandonn\u00e9e soudain \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e d&#8217;lwuy ?Au croisement des routes, les notables, militaires ou civils, b\u00e2tirent leurs somptueuses villas. Le chanoine Dehaine creusa l&#8217;\u00e9trange lieudit &#8221; Le Champ des Ronces &#8220;, et surtout les terres qui bordaient les crois\u00e9es. Il put exhumer des portiques bris\u00e9s, des pavements de marbre blanc ou rouge, ou de porphyre vert; des vestiges d&#8217;hypocauste pour chauffer les bains ; des fragments de muraille peinte; des miettes multicolores \u00e9clatantes ; des d\u00e9bris de vitraux et de vases; m\u00eame sur des tuiles mill\u00e9naires, des pas d&#8217;homme et de chien, qui sembleraient toutes fra\u00eeches.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>A l&#8217;ouest, dans le quartier des Glacis, aujourd&#8217;hui si p\u00e9tulant, les fouilles d\u00e9couvrirent des urnes fun\u00e9raires, des bijoux&#8230;Et partout, des pi\u00e8ces de monnaie, perdues ou amass\u00e9es, qui attestent que durant cinq si\u00e8cles, la civilisation romaine s&#8217;\u00e9tablit en ce lieu celtique. On lut les noms de Tib\u00e8re, de Caligula, de N\u00e9ron, de Trajan, d&#8217;Adrien, d&#8217;Antonin, m\u00eame de Constance Il et d&#8217;Arcadius, empereur d&#8217;Orient. Les villageois qui aidaient aux fouilles et ignoraient jusqu&#8217;\u00e0 ces noms \u00e9taient loin de concevoir ce qu&#8217;ils devaient \u00e0 ces latins de leur sens de la clart\u00e9, de l&#8217;ordre et de la logique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Cependant, un jour, le Camp restera vide; les villas ne seront que ruines ; ces routes s&#8217;en iront quelquefois, path\u00e9tiques, comme des gestes dans le vide. Plus de cohortes ni d&#8217;enseignes; de chars aux chevaux piaffants, ni de silhouettes magistrales drap\u00e9es de toges. Car, \u00e0 plusieurs reprises d\u00e9j\u00e0, se sont avanc\u00e9s par les voies de Tournay, d&#8217;Escaupont et de Famars, les flots des tribus franques.Les envahisseurs, raconte Gr\u00e9goire de Tours, s&#8217;assirent d&#8217;abord timidement au bout des tables servies par le villicus gallo-romain, puis exig\u00e8rent le partage de ces belles terres.Ainsi le milites R\u00e9nier. Pour prix de ses exploits, il avait re\u00e7u de son roi, ou saisi d&#8217;autorit\u00e9, ces domaines et les villas en ruine; mais il m\u00e9prisait ce luxe qui avait amolli tout le peuple latin.Il s&#8217;installe, lui et les siens dans ces lieux que le cadastre appelle &#8221; la Montagne &#8220;, le &#8221; Champ d&#8217;Honneur &#8220;: ainsi avait-il constitu\u00e9 &#8221; Reniercourt &#8220;. Un autre s&#8217;\u00e9tablit \u00e0 Glacy. Quand au vieil ivoracium dont la position \u00e9tait consid\u00e9rable puisqu&#8217;elle commandait le Camp et l&#8217;autre rive, il prendra le nom de la &#8221; Vi\u00e9ville &#8220;.Un seigneur d&#8217;Ivoracium finira par r\u00e9unir les trois fiefs. D&#8217;ailleurs Reniercourt fut amput\u00e9 de quelques r\u00e9serves de terre pour le comte de Hainaut, qui, plus tard, il absorbera Glacy avec la plaine de la &#8221; Couturielle &#8220;, apr\u00e8s la mort de son seigneur Othon de Contrecueur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>L&#8217;unique seigneurie s&#8217;appellera au cours du Moyen Age : Ivorium, Ivoriacum, Ivoric, Iwuir, Iwir, fief ressortissant du comte du Hainaut, s\u00e9par\u00e9 par la fronti\u00e8re de l&#8217;Erclin du Comt\u00e9 cambr\u00e9sien.Pour b\u00e2tir son ch\u00e2teau, il fuit le plateau sec et d\u00e9couvert. De m\u00eame, l&#8217;ont fait en Cambr\u00e9sis, tous les seigneurs qui avaient la bonne fortune de poss\u00e9der marais et cours d&#8217;eau. Il cache donc son repaire parmi les foss\u00e9s de l&#8217;Escaut div.agant, et de telle sorte qu&#8217;il commande le pont, le &#8221; Camp de C\u00e9sar &#8221; et l&#8217;Ostrevent. Puis, ma\u00eetre de Glacy, il plante un nouveau donjon prot\u00e9g\u00e9 de douves, \u00e0 l&#8217;abri des &#8221; Grands-Bois &#8220;, et il surveille la vall\u00e9e et les routes, et la plaine. Tout un appareil de d\u00e9fense : pont-levis, murailles, tours o\u00f9 se serre le village durant les alertes &#8211; le trac\u00e9 des rues l&#8217;indique assez.Alentour, les banalit\u00e9s&#8230; C&#8217;est pourquoi Iwuy parle encore de ses &#8221; Fontaines &#8221; o\u00f9 chacun mettait rouir le lin ou le chanvre des champs, dans les multiples ruisseaux; ou bien de sa rue du &#8221; Tordoir &#8221; o\u00f9 s&#8217;\u00e9crasaient colza, garance et gu\u00e8de ; ou encore de sa rue du &#8221; Four &#8221; banal; ou du quartier des &#8221; Moulins &#8221; pour la farine d&#8217;orge, de seigle ou de bl\u00e9. Les petites maisons ouvri\u00e8res l&#8217;entouraient, car il n&#8217;est plus de serfs. Ainsi celle du gambier ou brasseur, du forgeron ou f\u00e8vre, du boulanger ou fournier, du gorlier ou bourrelier; aussi le tavernier \u00e0 vin. Dans chaque maison: un rouet, une quenouille de fileuse; et le m\u00e9tier \u00e0 bras qui tisse la laine et la batiste, auquel s&#8217;assied l&#8217;homme, rentr\u00e9 des champs&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Pour le ch\u00e2telain, il entend prot\u00e9ger son peuple mais aussi jouir de ses revenus, de ses pr\u00e9rogatives, s&#8217;\u00e9tant investi de toute autorit\u00e9. Son mayeur, ou villicus, en v\u00e9ritable intendant, est tenu de faire chaque jour le tour du fief et de veiller \u00e0 tout; son pr\u00e9vost s&#8217;occupe de la justice et de la police, avec ses assesseurs, les \u00e9chevins; son bailli le repr\u00e9sente en toute mati\u00e8re, surtout pour la basse et la moyenne justice. Ainsi vit le seigneur, pr\u00e9sent au coeur de son domaine.Oui, mais une bonne exploitation de trois mille mencaud\u00e9es &#8221; Hahannables &#8221; comme on l&#8217;\u00e9crit dans les contrats &#8211; ahan, ahan &#8211; plus les pr\u00e9s et les troupeaux, plus les marais \u00e0 tourbe, plus les &#8221; Grands bois &#8220;, demandent une main-d&#8217;\u0153uvre qui commence \u00e0 lui manquer, \u00e0 mesure que le servage dispara\u00eet. Quel rem\u00e8de, sinon le partage ! Et malgr\u00e9 la jach\u00e8re triennale des terres, le voici contraint de diviser son territoire en fiefs, en arri\u00e8re-fiefs et plus loin encore quelquefois. Soixante-dix jusqu&#8217;\u00e0 cent-dix. Cons\u00e9quence capitale, il cesse d&#8217;\u00eatre un agriculteur. Et d&#8217;autant plus que pour soutenir sa puissance, son souverain l&#8217;appelle \u00e0 la croisade&#8230; au loin. Lui, d\u00e8s lors, chevauche, bataille. Il se retrouve soldat, cavalier, aristocratique que doit nourrir un peuple de petites gens. Renversement de l&#8217;ordre social.Ainsi est-ce avec soin qu&#8217;il choisit les &#8221; hommes de fiefs &#8220;, les plus intelligents et les plus fid\u00e8les. Il les lie &#8221; \u00e0 ferme &#8221; par un bail de un, de trois ou de neuf ans. A eux de lui payer le fermage, en livres, \u00e9cus et sols, et aussi en&#8221; mancauds &#8221; de grains; s&#8217;obligeant \u00e0 mettre &#8221; subz bled &#8221; \u00e0 la Saint R\u00e9my, \u00e0 &#8221; kerkier fiens &#8221; (charger fumier), &#8221; d\u00e9pouiller al ao\u00fbt &#8220;, &#8221; semencer de semence bonne et loyale, binoter, hercher et gasqu\u00e9rir sans d\u00e9royer ni refroisser&#8230; &#8220;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Ou bien, pour occuper la ferme leur vie durant et m\u00eame h\u00e9r\u00e9ditairement, ils paieront une rente annuelle, le cens. Voil\u00e0 la naissance de nos &#8221; censiers &#8220;, libres dans leur culture. Bien s\u00fbr, ceux-l\u00e0, lui devront &#8221; le relief &#8221; chaque fois que les terres changeront de mains, et aussi contribueront au service militaire.Et tous, fermiers ou censiers, et manants lui doivent : l&#8217;afforage sur les tonneaux mis en perce ; le gambage sur les brassins de bi\u00e8re; le &#8221; double lot &#8221; sur la pi\u00e8ce r\u00e9colt\u00e9e ou achet\u00e9e au chapitre cambr\u00e9sien ; les &#8220;droits d&#8217;issue&#8221; ou de &#8221; tonlieu &#8221; pour l&#8217;entr\u00e9e et la vente des marchandises; l&#8217;imp\u00f4t sur tout acte de vente, de succession, de donation: cinq sous au XIII- si\u00e8cle, par acte. Enfin, la contribution de quelques liards, ou de chapons, ou de mencauds de bl\u00e9 &#8211; chacun selon sa richesse -. Au surplus, \u00e0 qui vit ou poss\u00e8de \u00e0 Iwir, revient la charge de veiller aux routes, aux marais et aux bois, au pacage communal, au four, au moulin, aux ruisseaux \u00e0 rouir, tous banals: c&#8217;est la corv\u00e9e.Le seigneur a gard\u00e9 pour son propre domaine &#8211; en somme propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, avec son ch\u00e2teau, et l&#8217;enclos, les bois et les marais tout autour ?, les pi\u00e8ces de terre de quatre grandes fermes qui, au XIIIe si\u00e8cle, rapportent chacune par an, outre le bl\u00e9 et les grains, cent trente-cinq livres.Et quand na\u00eet la Commune, pourquoi en prendrait-il ombrage ? C&#8217;est lui-m\u00eame, qui, vers 1250, de par son autorit\u00e9 morale, a codifi\u00e9 les &#8221; us et coutumes &#8221; et r\u00e9dig\u00e9 la &#8221; Loi &#8220;. C&#8217;est encore lui qui choisit le bailli et le greffier communaux, et m\u00eame, tous les trois ans le &#8221; villicus &#8221; municipal ou maire, et les \u00e9chevins; souvent d&#8217;ailleurs, parmi ses hommes de fief. A ces officiers publics, la t\u00e2che difficile de r\u00e9partir les charges de guerre et de paix, et d&#8217;assurer la &#8221; petite justice&#8221;, la moins rentable et la plus d\u00e9licate.Le seigneur semble toujours \u00eatre le ma\u00eetre. De quoi se plaindrait-il ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Mais pourtant, qui l&#8217;aurait cru, d\u00e8s le douzi\u00e8me si\u00e8cle, les chatelains d&#8217;Iwuy s&#8217;appauvrissent. L&#8217;Eglise s&#8217;est mise \u00e0 d\u00e9sirer la richesse de leurs terres. Le premier Concile de Latran, en 1139, puis les autres, ont r\u00e9veill\u00e9 des souvenirs de possession, \u00e0 lwuy, de donations approuv\u00e9es par Charles le Chauve, par les Papes, les empereurs d&#8217;Allemagne, les \u00e9v\u00eaques. De vieux manuscrits sont exhum\u00e9s ; des t\u00e9moins suscit\u00e9s. Les monast\u00e8res n&#8217;ont pas les moindres app\u00e9tits. Saint-G\u00e9ry et Saint-Aubert se font des proc\u00e8s pour la propri\u00e9t\u00e9 des d\u00eemes et des terres. Et tous, m\u00eame Cantimpr\u00e9 &#8211; un ordre pauvre et Pr\u00e9my, et les Pr\u00e9s de Douai demandent \u00e0 acheter: il faut consentir \u00e0 leur vendre. Pour les &#8221; Pr\u00e9s &#8220;, 93 mencaud\u00e9es d&#8217;un coup; pour Saint Aubert, seigneur du village du m\u00eame nom, propri\u00e9taire de la d\u00eeme de l&#8217;\u00e9glise d&#8217;lwuy, il ach\u00e8te jusqu&#8217;aux redevances la\u00efques partout \u00e0 la ronde. Mais surtout, il demande &#8221; restitution &#8221; aux seigneurs, sous menace d&#8217;excommunication, de territoire et de d\u00eemes attenantes. D\u00e9j\u00e0, des r\u00e9calcitrants ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s. Si bien que B\u00e9atrice, dame d&#8217;Iwuy, d\u00e8s 1213, et ses fils et son petits-fils, Mathieu d&#8217;Aubigny, pour \u00e9chapper \u00e0 la damnation, restituent plus de cent mencaud\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>B\u00e9atrice perd son \u00e9poux: G\u00e9rard d&#8217;Ecaillon, puis ses trois fils.Mal\u00e9diction ou fi\u00e8vre des marais? Est-ce pour sauver son \u00e2me qu&#8217;elle reb\u00e2tit l&#8217;\u00e9glise &#8221; emmi la ville &#8220;, la chapelle castrale et une autre et une autre encore; qu&#8217;elle multiplie les autels et, pour chacun des pr\u00eatres, des servants, donne soit une manse, soit trente mencaud\u00e9es, en plus des six boittel\u00e9es d&#8217;usage. La grosse d\u00eeme, universellement pay\u00e9e sur les r\u00e9coltes, est naturellement pour Saint-Aubert qui l&#8217;impose, en 1313, aux 791 parcelles du terroir, c&#8217;est-\u00e0-dire aux terres des nobles, des autres abbayes, &#8221; des pauvres &#8220;, des roturiers ; et sur l&#8217;\u00e9levage aussi. Sans pr\u00e9judice des deux-tiers des petits d\u00eemes sur les f\u00e8ves, les pois, les vergers, les jardins, le lin, le chanvre, la garance, la basse-cour, les moutons et leur laine&#8230; pour les besoins du culte.Comme la part du seigneur, sur son propre fief, se fait petite! Et d&#8217;autant plus que les terribles hivers, l&#8217;inondation de l&#8217;Erclin, les incendies des granges et des hangars de lin mal rentr\u00e9, les hommes \u00e9tant au loin pour la guerre, suspendent les fermages et les rentes.Enfin, il co\u00fbte cher d&#8217;\u00eatre vassal des comtes de Flandre et de Hainaut, car Iwuy a \u00e9t\u00e9 vendu en 1164, par son h\u00e9ritier Godefroy de Bouchain au comte Bauduin. A chaque succession, il faut s&#8217;acquitter envers lui du fameux droit de &#8221; relief &#8220;, soit la part \u00e9norme du cinqui\u00e8me de la valeur du fief. B\u00e9atrice, frapp\u00e9e de quatre deuils, devra donc payer quatre fois&#8230; Et au surplus payer encore pour les quatre cas f\u00e9odaux: l&#8217;av\u00e8nement du nouveau suzerain, son d\u00e9part en croisade, sa ran\u00e7on de prisonnier, et le mariage de son fils a\u00een\u00e9.En temps de guerre, il lui faut contribuer au service militaire, en sus des quarante hommes \u00e0 fournir; en temps de paix, c&#8217;est la charge \u00e9crasante de para\u00eetre \u00e0 ces fastes bourguignonnes, qu&#8217;on sait tenir des mille et une nuits.On emprunte donc \u00e0 Aubert Turck! ainsi fait&#8217;Jean de Braban; m\u00eame Robert Artois; les rois eux-m\u00eames.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> Et voil\u00e0 pourquoi le ch\u00e2telain Bauduin, h\u00e9ritier des titres et des charges de cette dynastie f\u00e9odale se voit saisir le jour de P\u00e2ques 1338&#8230; Il ne lui restait plus que 42 mis\u00e9rables mencaud\u00e9es. Il fallut bien qu&#8217;il accept\u00e2t l&#8217;aum\u00f4ne de moudre au moulin vendu. Et sa veuve, Marguerite, la pauvre, renon\u00e7ant m\u00eame \u00e0 graver son sceau, sera plus tard r\u00e9duite \u00e0 vendre ce mis\u00e9rable droit : 55 \u00e9cus.Au tour, donc, du cr\u00e9ancier de devenir ch\u00e2telain. A Roland Turck, lombard et financier, et que l&#8217;on appellera &#8221; le pa\u00efen &#8220;, de devenir &#8221; Messire &#8220;. Il jouissait de tous les biens et de toutes les pr\u00e9rogatives seigneuriales. D\u00e9sign\u00e9 dans les actes authentiques, comme chevalier, homme-lige du comte du Hainaut, il si\u00e8ge au baillage de Bouchain, s\u00e9n\u00e9chal et grand seigneur. De m\u00eame son fils Guillaume.Mais soudain la Guerre de Cent Ans tombe sur eux. En septembre, Edouard III, Roi d&#8217;Angleterre, plante sa tente et ses armes \u00e0 Naves, loge \u00e0 Iwuy, et le m\u00eame jour, arde et tue, et mutile atroc\u00e9ment, et les granges pleines de moissons flambent jusqu&#8217;\u00e0 Honnecourt, \u00e0 14 lieues \u00e0 la ronde.Apr\u00e8s lui, c&#8217;est son alli\u00e9, d&#8217;Artevelde avec tous ses Flamands. Les Fran\u00e7ais ripostent, ceux de Cambrai (ou d&#8217;Escaud\u0153uvres &#8211; citadelle du Hainaut qui s&#8217;est ralli\u00e9e -) br\u00fblant Haspres et tout le pays jusqu&#8217;\u00e0 Valenciennes. La terre est morte, calcin\u00e9e; les soudards et les manants rescap\u00e9s ont faim. Des bandes s&#8217;organisent: vols, pillages, tortures. Alors vient la peste. Peut-on r\u00e9sister&#8230; Trente-deux ans ont consomm\u00e9 la ruine du fief. En 1370, le seigneur Turck est lui aussi contraint de vendre lwuy. Qui veut l&#8217;acheter ?&#8230; C&#8217;est un d\u00e9sert \u00e0 coloniser.Un voisin : Guillaume de Gommegnies, sire de Mastaing, grand seigneur en Hainaut et en Flandre. La magnifique plaine qui, d&#8217;un seul tenant, se d\u00e9roulera d\u00e9sormais pour lui, depuis Escaud\u0153uvres, aux portes du Cambr\u00e9sis, et, par-del\u00e0 Bouchain et Somain, jusqu&#8217;aux terres noy\u00e9es de l&#8217;abbaye de Marchiennes. Cela vaut bien, tout mis\u00e9rable que soit devenu le fief, les 2 613 livres de droits de vente pay\u00e9s au comte de Hainaut, suzerain.Il fonde donc la troisi\u00e8me dynastie des ch\u00e2telains d&#8217;Iwuy. Mais \u00e0 peine a-t-il le temps de reconna\u00eetre ses biens qu&#8217;il meurt en 1374, \u00e9puis\u00e9, sans doute, par son voyage p\u00e9nitence \u00e0 Chypre auquel il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour avoir battu des bourgeois de Valenciennes. Sa femme de l&#8217;enterrer &#8221; au mitant &#8221; du ch\u0153ur de l&#8217;\u00e9glise de Mastaing, avec cette pieuse \u00e9pitaphe :\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>&#8220;Vous ki chi passiez \u00e0 travers&nbsp;<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Sur nous, ici avons no traviers&nbsp;<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Pensez de vivre \u00e0 point&#8230;<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Et veillez pour nos \u00e2mes dire<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Pater Noster d\u00e9votement<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Par quoy, cils qui ne faut ne ment<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>A nous mis\u00e9ricorde faiche<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Si que le voyons fache \u00e0 fache &#8220;.<\/strong><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Puis elle ach\u00e8te \u00e0 Iwuy cent-deux mencaud\u00e9es pour les offrir aux Carmes qui jouxtent son h\u00f4tel de Valenciennes, place Percepain, afin qu&#8217;ils disent pour son \u00e2me, \u00e0 elle, Marguerite de Brifeuil, une messe par jour, sa vie durant &#8211; or, elle survivra 36 ans -, plus un obi annuel apr\u00e8s sa mort! D\u00e9sormais, l&#8217;h\u00f4tel est la r\u00e9sidence des Sires d&#8217;Iwuy, et le couvent, leur oratoire et leur chapelle fun\u00e9raire. C&#8217;en est fini pour eux d&#8217;habiter le bourg.D&#8217;ailleurs, les fonctions de leurs h\u00e9ritiers les en emp\u00eacheraient fort. Car ces Sires de Mastaing, d&#8217;Iwuy, d&#8217;Hordain et autres lieux, ces Lannoy-Mingoval, issus des Croy et ces Saint-Aldegonde de Noircarme sont tous, d\u00e9sormais tr\u00e8s grands princes en Flandre bourguignonne, et tous portent &#8221; Toison d&#8217;or &#8220;, pesante et glorieuse. Si un simple cadet d&#8217;lwuy, Charles de Lannoy, fut vice-roi de Naples, et jug\u00e9 digne par Fran\u00e7ois le, de recevoir son \u00e9p\u00e9e \u00e0 Pavie, eux, les a\u00een\u00e9s, quelles fonctions consid\u00e9rables n&#8217;ont-ils pas remplies et ne remplissent-ils pas encore. Capitaine, ma\u00eetres d&#8217;h\u00f4tel, gentilhomme de chambre pr\u00e8s de Charles le T\u00e9m\u00e9raire, de Philippe le Beau, de Charles Quint, de Philippe II, leur loyalisme leur vaut les gouvernements de Saint-Omer, de Cond\u00e9, de Cambrai. Ils sont baillis du Hainaut, ma\u00eetre des Finances. L&#8217;un d&#8217;eux fut l&#8217;\u00e9poux de Bonne de Lannoy, dame d&#8217;lwuy et s\u00e9n\u00e9chale d&#8217;Ostrevent \u00e0 titre h\u00e9r\u00e9ditaire &#8211; toute femme qu&#8217;elle soit -; c&#8217;\u00e9tait Philippe de Sainte-Aldegonde de Noircarme. Il fut choisi par Marguerite de Parme pour extirper l&#8217;h\u00e9r\u00e9sie, poursuivre les gueux, ces nouveaux iconoclastes, au C\u00e2teau, \u00e0 Lannoy, \u00e0 Wattrelos, \u00e0 Valenciennes; o\u00f9 il s&#8217;irrite de la tol\u00e9rance du duc d&#8217;Egmont. Il est l&#8217;auxiliaire du duc d&#8217;Albe, le Grand Inquisiteur de Flandre&#8230; Les archives ne parlent pas d&#8217;h\u00e9r\u00e9tiques \u00e0 Iwuy&#8230; ni de b\u00fbcher&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>En 1657, les sires d&#8217;Iwuy ne sont rien moins que gouverneurs de l&#8217;Artois espagnol et de Binche.Qu&#8217;on juge de leur train. Deux h\u00f4tels principaux: Arras, Valenciennes &#8211; celui-ci tout neuf, reb\u00e2ti apr\u00e8s l&#8217;incendie qui avait communiqu\u00e9 le feu \u00e0 593 maisons &#8211; soit trente-deux rues, dit le chroniqueur. Pour leur r\u00e9sidence d&#8217;\u00e9t\u00e9, trois ou quatre ch\u00e2teaux. Leurs carrosses ont six chevaux attel\u00e9s et six sell\u00e9s ; leurs gens portent habits de drap \u00e0 boutons d&#8217;argent et sont brod\u00e9s aux armes de la maison.Et voici qu&#8217;\u00e0 nouveau la ruine se consomme. M\u00eames causes, m\u00eames effets. Le go\u00fbt du luxe, l&#8217;absent\u00e9isme, les mariages consanguins des Mastaing, des Lannoy, des Lallaing font mourir les hommes jeunes, s&#8217;ils ne deviennent pas fous, comme Albert Cornil, en 1708. Les douairi\u00e8res durent, comme Anne de Lallaing, paient les &#8221; reliefs &#8221; trois fois pour son h\u00e9ritage propre d&#8217;Hordain, et deux fois pour Iwuy, \u00e0 la mort de son mari et \u00e0 celle de son fils.Les dix mille livres tir\u00e9es de la terre exploit\u00e9e &#8211; malgr\u00e9 les guerres creusant les champs de demi-lunes, de redoutes, de foss\u00e9s, malgr\u00e9 les exigences espagnoles -, ne peuvent plus suffire.Une fois encore, il faut recourir aux banquiers, m\u00eame au denier 20. Insuffisant : alors la Dame afferme, on distrait du bien, jusqu&#8217;\u00e0 mille six cents razi\u00e8res en une fois.Et l&#8217;ann\u00e9e de Law &#8211; 1720 &#8211; pr\u00e9cipite la troisi\u00e8me faillite. &#8221; A vendre &#8220;, non seulement Iwuy, mais Hordain, Fressain, Monchecourt, Villers-au-Tertre, Bugnicourt. Un million de livres de France pour les six seigneuries. Qui est preneur ?&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Un seigneur de France: un nom illustre, une charge consid\u00e9rable dans l&#8217;Etat, au surplus une int\u00e9grit\u00e9 qui lui vaut la rage d&#8217;une libertine (la fameuse marquise de Prie) qui le fait jeter \u00e0 la Bastille, mais aussi une \u00e9clatante r\u00e9habilitation, et sa r\u00e9int\u00e9gration dans ses appartements du Ch\u00e2teau de Versailles ; enfin, une loyaut\u00e9 allant jusqu&#8217;\u00e0 la plus inou\u00efe des g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9s. C&#8217;est Claude le Blanc, marquis de Seignelay, descendant de Colbert, Secr\u00e9taire d&#8217;Etat \u00e0 la Guerre, Grand Ma\u00eetre de l&#8217;Ordre de Saint-Louis.Il ach\u00e8te donc Iwuy, et, au surplus, follement lib\u00e9ral, fait aux seigneurs &#8211; les Aldegonde de Noircarme -, la rente \u00e9norme de six mille livres et pousse m\u00eame le scrupule jusqu&#8217;\u00e0 vouloir \u00e9teindre leurs dettes. Il y consacre, en vain d&#8217;ailleurs, neuf ann\u00e9es durant, les revenus du domaine et de soixante-douze autres mencaud\u00e9es. Apr\u00e8s lui agissent de m\u00eame son gendre et ses petits-enfants, tous des Juvenal de Harville des Ussins &#8211; quel grand nom encore -, des mar\u00e9chaux de camp, dont l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme et l&#8217;intelligence leur valent une vraie gloire.Mais que peuvent leurs titres et leur valeur! Le cycle fatal recommence: la cour, les h\u00f4tels, le grand train, l&#8217;achat des charges et des r\u00e9giments somptueusement entretenus \u00e0 leurs frais. C&#8217;est le flot des d\u00e9penses, des emprunts. Moli\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de la bourgeoisie pr\u00eateuse. Et 1778 marque pour eux, malgr\u00e9 la parade superbe, pour la quatri\u00e8me fois, l&#8217;in\u00e9vitable effondrement.En bien des lieux s&#8217;effondre ainsi l&#8217;h\u00e9ro\u00efque noblesse d&#8217;\u00e9p\u00e9e; cependant que grandissent les possessions des \u00e9glises, g\u00e9r\u00e9es de main de ma\u00eetre, meubles et immeubles, terres \u00e0 perte de vue, puissance s\u00e9culi\u00e8re consid\u00e9rable. Tandis que le bon cur\u00e9 en est r\u00e9duit \u00e0 la portion congrue, l&#8217;abb\u00e9 d\u00e9cimateur de Saint-Aubert, dont la grange g\u00e9ante &#8211; au village du m\u00eame nom &#8211; est pleine jusqu&#8217;aux combles, s&#8217;asseoit aux Etats du Cambr\u00e9sis sur le premier fauteuil, en face de Monseigneur l&#8217;Archev\u00eaque-Duc.Les censiers, les marchands de grains ou de &#8221; toilettes &#8221; ce sentent eux, mal \u00e0 l&#8217;aise, emprisonn\u00e9s dans une organisation d\u00e9su\u00e8te. Ils d\u00e9sirent \u00e0 travers Cambr\u00e9sis, Hainaut et Flandre, la suppression de ces p\u00e9ages barrant l&#8217;Erclin ou la Selle ou l&#8217;Escaut, ou la Somme, et des razi\u00e8res, des mencauds et des lieues de m\u00eames mesures. La R\u00e9volution est d\u00e9j\u00e0 dans les esprits.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Pourtant le cr\u00e9ancier des Jouvenel des Ursins, celui qui s&#8217;\u00e9tablit \u00e0 Iwuy, Mairesse de la Vi\u00e9ville, n&#8217;est-il pas encore un seigneur ? On dit de lui qu&#8217;il est,d&#8217;une famille bourgeoise enrichie par le commerce, de ceux \u00e0 qui la monarchie accorde facilement, moyennant finances, des lettres de noblesse, et qui arrivent \u00e0 poss\u00e9der les domaines et les titres des vieilles maisons chevaleresques &#8221; (de Tocqueville).Une nouvelle accession sociale ? Peut-\u00eatre. Mais elle est moins facile qti&#8217;on se pla\u00eet \u00e0 le dire. Car ces roturiers avaient \u00e9t\u00e9 sans doute, d\u00e8s le Moyen Age, des manants peu communs, constituant une v\u00e9ritable \u00e9lite. Et, dit P. Gaxotte, leur promotion avait demand\u00e9 des si\u00e8cles d&#8217;\u00e9pargne, de vie studieuse et modeste, c&#8217;est-\u00e0-dire des lign\u00e9es d&#8217;intelligences distingu\u00e9es et obstin\u00e9es, qui se transmettaient leur r\u00eave orgueilleux comme le plus sacr\u00e9 des h\u00e9ritages.D\u00e9j\u00e0 le plus vieux terrier, celui de 1315, mentionne &#8221; domicelle Maria Mairesse &#8221; et la dizaine de mencaud\u00e9es qu&#8217;elle poss\u00e9dait, \u00e9parpill\u00e9es &#8211; et cela est significatif -, \u00e0 travers le terroir. Puis des Mairesses s&#8217;\u00e9tablirent \u00e0 Cambrai, faisant de leurs fils des licenci\u00e9s \u00e8s lois, \u00e8s droit. Et ceux-ci de prendre rang: l&#8217;un sera bailli \u00e0 Iwuy m\u00eame; un autre est greffier de la Coll\u00e9giale Saint-G\u00e9ry; un autre est franc-fi\u00e9vet de l&#8217;\u00e9v\u00eaque, toutes charges privil\u00e9gi\u00e9es. On les voit compter dans leur h\u00e9ritage ce jardin curieusement clos de foss\u00e9s, au centre d&#8217;Iwuy, la &#8221; Vi\u00e9ville &#8220;, o\u00f9 s&#8217;\u00e9levait sans doute, avant le treizi\u00e8me si\u00e8cle, le &#8221; Petit Ch\u00e2teau &#8221; f\u00e9odal. On sait que le marchand bourgeois, Mathieu Mairesse, \u00e9chevin de Cambrai, en 1663, se fait peindre des armes, comme le font tant d&#8217;autres. Elles sont d&#8217;argent, et montrent un navire \u00e9quip\u00e9 d&#8217;or, flottant sur une mer (d&#8217;o\u00f9 le jeu de mots) sur une mer d&#8217;azur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>En 1682, l&#8217;un d&#8217;eux n\u00e9gociant, ach\u00e8te bourgeoisie \u00e0 Lille; tandis que son fr\u00e8re est nomm\u00e9 bailli h\u00e9r\u00e9ditaire de Louis XIV, et son \u00e9chevin. Ils pr\u00eatent des sommes consid\u00e9rables aux Harville, ach\u00e8tent aux nobles ruin\u00e9s les biens dont ceux-ci se d\u00e9pouillent. Et petit \u00e0 petit, leurs propri\u00e9t\u00e9s vont s&#8217;\u00e9talant \u00e0 travers tout le Cambr\u00e9sis, de Pronville en Artois, pr\u00e8s de Marquion, jusqu&#8217;\u00e0 Honnecourt, au bord du Vermandois. En 1716, sont enregistr\u00e9s au Parlement de Flandre les titres de noblesse qui s&#8217;y rattachent. D\u00e9j\u00e0, ils sont li\u00e9s, par le mariage d&#8217;une de leurs filles \u00e0 l&#8217;aristocratie lilloise des Vollant, seigneurs de Verquin, dont l&#8217;un, architecte du roi, Simon, \u00e9difia, \u00e0 Lille, l&#8217;admirable porte Louis XIV. Enfin, par leur fils Philippe, ils entrent dans l&#8217;illustre famille cambr\u00e9sienne de Franqueville, sculpteur des rois.Les voici donc revenus au berceau familial, ma\u00eetres d&#8217;un fief abandonn\u00e9, mais qu&#8217;ils administreront avec toutes leurs vertus traditionnelles, et se r\u00e9pondant en largesses.La R\u00e9volution elle-m\u00eame vit en eux la revanche de ce Tiers Etat qui, pendant tant de si\u00e8cles, avait constitu\u00e9 l&#8217;ossature \u00e9conomique du pays, conseilleur des rois, \u00e9mancipateur des villes, administrateur au service de l&#8217;Etat, mettant m\u00eame \u00e0 son service son talent d&#8217;artiste. A tel point que la Convention et le Directoire leur restituent leurs biens un moment confisqu\u00e9s.C&#8217;est la page que raconte la grande maison de pierre blanche, &#8221; folie &#8221; du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, que les Mairesse de la Vi\u00e9ville b\u00e2tirent sur la pente de la &#8221; Couturielle &#8220;, aux confins du ch\u00e2teau f\u00e9odal dont les ruines s&#8217;enlisaient dans les mar\u00e9cages. Face au &#8221; Grand Large &#8220;, par dessus les futaies, elle regardait les eaux scintillantes du confluent de la Sens\u00e9e et de l&#8217;Escaut.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>En face de cette nouvelle noblesse terrienne reste le monde des roturiers, de ceux qui, suivant le sens exact du terme, avaient \u00e0 rompre la terre. Si l&#8217;on voulait retourner \u00e0 l&#8217;origine f\u00e9odale, on rappellerait que les serfs ne poss\u00e9daient rien, rien sinon l&#8217;ardente jouissance de conduire les labours, l&#8217;ivresse montant de la terre, de recueillir des r\u00e9coltes, m\u00eame celles d&#8217;un ma\u00eetre. Et aussi le d\u00e9sir instinctif de poss\u00e9der aussi, sinon le &#8221; coin &#8221; o\u00f9 ils avaient \u0153uvr\u00e9, du moins quelques liards, quelques sous entass\u00e9s en quelque secr\u00e8te cachette. Qui oserait pr\u00e9tendre le d\u00e9truire&#8230;Les premiers \u00e9mancip\u00e9s furent les mayeurs et les \u00e9chevins charg\u00e9s de l&#8217;exploitation et de la police du domaine. En retour, ils gagnaient en consid\u00e9ration, et m\u00eame en aisance. Les documents de 1195 leur donnent le titre de &#8220;chevalier&#8221;: ainsi le mayor Jean d&#8217;lwuy, et les pr\u00e9vosts Amaury ou Fulbert du Moulin. Leur titre est h\u00e9r\u00e9ditaire et passe aux femmes. C&#8217;est dire qu&#8217;ils se font graver des sceaux armori\u00e9s.Apr\u00e8s eux furent \u00e9mancip\u00e9s les tenanciers des fiefs et arri\u00e8re-fiefs, paysans ou hommes de m\u00e9tiers entre lesquels le seigneur, la\u00efc ou eccl\u00e9siastique, partag\u00e8rent les terres et les for\u00eats pour leur mise en valeur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Tant\u00f4t le ma\u00eetre afferme pour trois ans, ou pour neuf ans. Puis, en Cambr\u00e9sis, on les voit abandonner leurs terres \u00e0 vie, fait consid\u00e9rable, moyennant une rente, un &#8221; cens &#8220;. Le tenancier est donc &#8221; censier &#8220;.Les domaines ainsi constitu\u00e9s sont importants : Gilles Lefebvre tient \u00e0 cens toutes les terres de la &#8221; Grande Ferme &#8221; de l&#8217;Abbaye de Saint-Aubert, en 1407, Jean Guidez prend 375 mencaud\u00e9es en 1504 (cent vingt hectares environ) de l&#8217;Abbaye de Pr\u00e9my; en 1670, Charles Tr\u00e9cat obtient mille six cent razi\u00e8res du Sire d&#8217;Iwuy (pr\u00e8s de mille hectares). Comment ne feraient-ils pas figure de notables&#8230; Etre censier, c&#8217;est un titre.Le seigneur choisit parmi eux ceux qui constitueront &#8221; la loi communale &#8220;I maires, \u00e9chevins, &#8221; les tenant pour preud&#8217;hommes et de bonne opinion&#8221;. On lit donc que Herniol del Croix fut maire en 1260; Gilles de Wambaix en 1296, et ses \u00e9chevins sont Jacques de Naves et Jacques le Grell\u00e9. Vieux noms, vieux surnoms qui tirent \u00e0 peine de l&#8217;anonymat les plus distingu\u00e9s des hommes. Mais, \u00e0 partir du quatorizi\u00e8me si\u00e8cle, les noms prennent leur sonorit\u00e9 moderne, et l&#8217;on voit la naissance des dynasties toujours vivantes des Boca, des Margerins, des Tr\u00e9cat, des Lalotte, des Carlier, des Coulmon, des Plet, des Lemaire, des Pouillaude, pour ne citer que ceux-l\u00e0. A ajouter pourtant celles des Dhollande, des Dolay, venus sans doute des Pays-Bas, peut-\u00eatre pour coloniser Iwuy d\u00e9vast\u00e9.Cependant les modestes, \u00e0 force de labourer, de brasser, de tisser de la toile ou d&#8217;enfourner le pain, ou de faire le gorlier (bourrelier), ou le mar\u00e9chal, ou de vendre au march\u00e9 ses chapons ou ses \u0153ufs, purent se pr\u00e9senter avec un petit sac d&#8217;\u00e9cus, un jour de vente et acheter un &#8221; coin &#8221; de terre ; quelquefois l&#8217;h\u00e9ritage entier d&#8217;un seigneur lointain (celui de Tortequenne), ou bien la part d&#8217;une demoiselle h\u00e9riti\u00e8re, mari\u00e9e ailleurs, celle de Mademoiselle de Franqueville.Les ambitions furent quelquefois plus modestes. Augustin Guidez, laboureur n&#8217;ach\u00e8te que la moiti\u00e9 d&#8217;un pr\u00e9 \u00e0 vaques pour 60 livres tournois; cet autre, la moiti\u00e9 d&#8217;une maison et d&#8217;une grange. Par contre, &#8221; par affection d&#8217;amour &#8220;, Jacqueline Margerin, jeune fille, donne \u00e0 son neveu une mencaud\u00e9e et autant \u00e0 sa ni\u00e8ce. En 1592, Catherine du Castiau, &#8221; par bonne et grande alliance &#8221; re\u00e7oit de son fianc\u00e9 un douaire de terres, de pr\u00e9s et de bois lui appartenant. Vieillis, les \u00e9poux songent, au temps &#8221; d&#8217;apr\u00e8s eux &#8220;. Ils demandent alors, par droit de mainet\u00e9 &#8211; \u00e0 l&#8217;inverse du droit d&#8217;a\u00eenesse &#8211; \u00e0 faire de leur dernier n\u00e9, leur successeur. Mais, pr\u00e9alablement \u00e0 tout partage, il recevra les objets mobiliers dont la liste pittoresque est dress\u00e9e au baillage : un seul objet par esp\u00e8ce.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Plus tard, les riches fermiers, vers 1783, demanderont l&#8217;abrogation de la mainet\u00e9 qui multipliait la petite propri\u00e9t\u00e9.lwuy est prosp\u00e8re. En 1673, commune de deux mille habitants, on y compte 228 chevaux et 75 vaches. La disette de 1709 et la guerre de Denain ruin\u00e8rent momentan\u00e9ment cette aisance, mais en 1773, si l&#8217;on ne d\u00e9nombre que 196 chevaux, on rel\u00e8ve 250 vaches et 1060 moutons. Les 77 ann\u00e9es de paix permirent la hausse des produits agricoles.En 1776, quand le comte d&#8217;Harville, accul\u00e9, vend les deux-tiers de son domaine &#8211; 671 mencaud\u00e9es \u00e0 188 livres environ &#8211; les censiers du seigneur sont tous acheteurs. Ils se pressent \u00e0 la vente parmi les gens de robe, les financiers, comme Sire du Chambge de Lille. Et pourtant les terres restent en &#8220;cotterie&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire charg\u00e9es de redevances f\u00e9odales et, au surplus, du prix d&#8217;une messe par mencaud\u00e9e pour les tr\u00e9pass\u00e9s.Apr\u00e8s 1789, alors que les deux-tiers du Cambr\u00e9sis que poss\u00e9dait l&#8217;Eglise, changent de mains par la vente des &#8221; biens nationaux &#8220;, cette vente ne vint ni agrandir ni multiplier les petites propri\u00e9t\u00e9s. La terre qui avait d\u00e9j\u00e0 atteint le prix de 1 442 livres, se mit \u00e0 monter jusqu&#8217;\u00e0 3 264 livres de France. A ce compte, les m\u00e9diocres \u00e9pargnes des petites gens \u00e9taient ruin\u00e9es les biens des Abbayes pass\u00e8rent \u00e0 la bourgeoisie des villes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Or, depuis 1716, les hallucinants efforts du Marquis savant D\u00e9sandrouin, de l&#8217;ing\u00e9nieur Mathieu et M. Taffin, pour sonder les terrains noy\u00e9s sous l&#8217;Escaut, et pour colmater les puits \u00e0 travers les sources souterraines ; depuis leur ruine personnelle, les mines avaient prosp\u00e9r\u00e9. Les quatre mille ouvriers de la Compagnie d&#8217;Anzin faisaient rapporter, en 1788, aux capitaux engag\u00e9s, l&#8217;int\u00e9r\u00eat exorbitant de 50 %. Quelle puissance pour les hommes de finances, les bourgeois et les marchands de la ville!Bient\u00f4t Iwuy, avec Escaud\u0153uvres, pouvait entrer dans l&#8217;\u00e8re industrielle que Napol\u00e9on suscita par l&#8217;\u00e9tablissement des fabriques de sucre de betterave.Iwuy r\u00e9unissait tous les facteurs de r\u00e9ussite: les capitaux bourgeois, la main-d&#8217;\u0153uvre des petites gens, moissonnant l&#8217;\u00e9t\u00e9 et ch\u00f4mant l&#8217;hiver; l&#8217;\u00e9tendue des terres riches pour la culture (la commune s&#8217;\u00e9tend sur 1275 ha); et d\u00e9sormais le charbon des mines, qui dressent leurs chevalets \u00e0 quelque dix kilom\u00e8tres ; enfin, la canalisation de l&#8217;Escaut et les voies d&#8217;eau, vers Lille et la route europ\u00e9enne devenue Paris &#8211; Amsterdam.Le rythme de la vie populaire est d\u00e9sormais command\u00e9 par la sucrerie. La machine s\u00e8me au printemps, et c&#8217;est d&#8217;hier seulement que hommes et femmes ne se courbent plus vers les plans fragiles pour les d\u00e9marier, ou arracher \u00e0 la fourche la betterave gorg\u00e9e, ou couper au &#8221; courbet &#8221; la racine, dans la pluie et la boue, et en charger les cohortes des chars jusqu&#8217;au soir tombant, et voir se dresser des cha\u00eenes de collines p\u00e2les ici et l\u00e0, que d\u00e9vorera l&#8217;usine fantomatique perdue dans son \u00e9trange brouillard.Comme en un champ de bataille forcen\u00e9, se fanera des feuilles d&#8217;\u00e9meraude !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>A peine dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que, deux fois par an, comme aux \u00e9quinoxes de printemps et d&#8217;automne, plus du quart du village, soit huit cents femmes, hommes et m\u00eames enfants, avec armes et bagages, fermaient la porte de leur maison vide, pour les immensit\u00e9s des champs de betteraves de la Somme, de la Marne ou de Lorraine. Pour deux ou trois mois, ils vivaient l\u00e0-bas en communaut\u00e9, log\u00e9s et nourris, pour gagner le salaire de l&#8217;ann\u00e9e.Exode traditionnel o\u00f9 quelquefois les flux se croisaient.Jusqu&#8217;en 1910, peut-\u00eatre, des Belges venaient en Cambr\u00e9sis par la voie romaine de Tournay, et qu&#8217;ils appelaient &#8221; le Chemin de France &#8220;. Ils travaillaient traditionnellement aux champs de lin ou bien cuisaient l&#8217;argile dans de solitaires briqueteries. Ils vivaient hors du village, en baraquement; \u00e0 peine parlaient-ils fran\u00e7ais. Les paysans moqueurs qui s&#8217;\u00e9taient \u00e9tonn\u00e9s de leur pauvret\u00e9, les avaient appel\u00e9s &#8221; les culs-tout-nus &#8220;. Le nom est rest\u00e9 longtemps aux chemins qu&#8217;ils avaient coutume de suivre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Pour la population ouvri\u00e8re d&#8217;Iwuy, elle occupait sa morte-saison \u00e0 une v\u00e9ritable industrie: celle de la chaise paill\u00e9e. Aujourd&#8217;hui encore, le bourg en est la capitale. On compte jusqu&#8217;\u00e0 trente-cinq ateliers familiaux. Les fillettes coupent la paille de seigle ; les femmes fendent &#8221; la fuille &#8221; ou roseau des marais; les hommes rempaillent, \u00e0 moins qu&#8217;ils ne se sp\u00e9cialisent dans le travail difficile des cannages des &#8221; cha\u00ef\u00e8res &#8221; \u00e0 dossier incurv\u00e9 qu&#8217;ils appellent &#8221; gondoles &#8220;.Mais, d&#8217;ambition en ambition, les artisans sont devenus \u00e9b\u00e9nistes d&#8217;art. Celui-ci r\u00e8gne sur le &#8221; rustique &#8221; fran\u00e7ais, proven\u00e7al ou normand; celui-l\u00e0 accueille le norv\u00e9gien, ou le luxueux Chippendale anglais; ou bien, se comptait \u00e0 l&#8217;\u00e9l\u00e9gance traditionnelle du Cambr\u00e9sien qui s&#8217;apparente au Louis XVI.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><a href=\"http:\/\/iwuy.free.fr\/histoire\/dumoulin.htm#haut%20page\"><\/a> <\/strong><strong>Iwuy poursuit ainsi l&#8217;histoire de sa promotion artisanale et, en m\u00eame temps, celle de sa destin\u00e9e dans le monde industriel.Au bord de la grand-route, une statue vous arr\u00eate : celle d&#8217;une paysanne en simple cotteron de bure qui serre dans son poing de semeuse le bon grain \u00e0 semer. Derri\u00e8re elle se dresse l&#8217;\u00e9cole Marie-Larivi\u00e8re.Chacun de nos bourgs, chacun de nos villages ressemble \u00e0 ces carrosses qui voulaient prendre rang sur la route et dont les cochers orgueilleux et impatients secouaient les guides et les grelots. Aujourd&#8217;hui encore, les \u00e9quipages, jaloux de leur renomm\u00e9e, malgr\u00e9 l&#8217;heure inqui\u00e8te et ses bouleversements, pr\u00e9tendent plus que jamais, conduire \u00e0 quelque inestimable bonheur, et, s&#8217;il se peut, \u00e0 quelque nouvelle gloire.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de&#8221; Chez nous en Cambr\u00e9sis &#8220;A. DUMOULIN. Laur\u00e9at des Rosati de Flandre,Imprimerie LUSSAUD \u00e0 Fontenay-le-Comte (85), 1970 pp 241 \u00e0 257. Une promotion roturi\u00e8re : IWUY On a pu soutenir que l&#8217;histoire de la civilisation se traduisait par celle des routes. Et certes les pas de l&#8217;homme, allant de ce qu&#8217;il fut, \u00e0 ce &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/histoire-d-iwuy\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">HISTOIRE D IWUY<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","ngg_post_thumbnail":0,"_ti_tpc_template_sync":false,"_ti_tpc_template_id":"","footnotes":""},"class_list":["post-1148","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1148"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1150,"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1148\/revisions\/1150"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iwuystoire.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}